Sur les chemins de l'Histoire et du Patrimoine

Si aujourd’hui le vignoble joue sa partition en mineur, il a autrefois, et pendant des siècles, régné en maître sur tout le territoire. Et cette longue et prospère histoire viticole a laissé son empreinte profonde sur le cadastre et le paysage, sur le patrimoine bâti et le folklore de nos Terres du Val de Loire.

Au fil de la promenade vous découvrirez de pittoresques maisons vigneronnes à l’architecture bien particulière, regroupées en hameaux, des demeures cossues de marchands de vins, d’élégantes « maisons de vignes » de riches propriétaires viticoles, partout des caves souvent remarquables, des pressoirs, d’anciennes tonnelleries et d’anciens clos autrefois renommés…

Vous pousserez la porte des petites églises de campagne qui conservent le souvenir du culte, hier encore très vivant, des saints protecteurs de la vigne. On vous racontera, ici et là, des légendes locales, des vieilles croyances et des dictons hérités de nos ancêtres vignerons. Vous pourrez aussi écouter la belle aventure solidaire des deux caves coopératives de Mareau-aux Près et de Baule et des hommes qui les ont fait vivre. Et tant d’autres choses encore…

Carnet de route

Une escapade au fil de nos villages

Sur la rive nord de la Loire

Itinéraire préconisé : suivre la Loire d'Orléans en direction de Blois.

Étape 1. Le village de Saint-Ay

Comme toutes les communes situées sur ce coteau ourlant la Loire, Saint-Ay a vécu, pendant des siècles, au rythme des travaux de la vigne et du vin. La crise du phylloxéra dans les années 1880-1890 a détruit le vignoble, mais quelques clos, replantés de cépages traditionnels, comme le clos de l’Evêché, ont maintenu la réputation du cru de Saint-Ay jusqu’à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Et la vigne reste profondément enracinée dans la mémoire collective, comme l’évoquent les armoiries de Saint-Ay qui portent au centre du blason une belle grappe de raisin rouge. De nombreux témoignages de cette ancienne viticulture prospère et de qualité existent encore. Il suffit d’être un peu curieux…

L’église du village, dont les origines remontent aux temps mérovingiens, a été pendant des siècles le cœur battant de cette petite paroisse vigneronne : la fête de la Saint-Vincent y a toujours été l’un des temps forts de l’année, et la nef de gauche était dédiée au saint protecteur de la vigne.

En contrebas du château de la Grand’Cour se trouve la Fontaine Rabelais, où une légende locale voudrait que Rabelais ait écrit l’un de ses livres, en buvant des chopines de gris-meunier, au cours de l’un de ses séjours chez son ami Etienne Lorens alors propriétaire du château de Saint-Ay. En 1952, à l’occasion du 400ème anniversaire de la mort de Rabelais, une plaque rappelant le séjour de Rabelais a été apposée près de la fontaine.

Le château de Voisins, dont, à travers les grilles, on aperçoit le parc romantique traversé par les Mauves, rappelle le souvenir de l’ancienne abbaye cistercienne Notre-Dame de Voisins, établie en 1214 à cet endroit, dont les moniales furent, sans doute, les premières vigneronnes de notre territoire.

Elles avaient en effet reçu en dons, dès leur installation, de très nombreuses vignes (sur Saint-Ay, Chaingy et Meung-sur Loire) dont elles géraient directement l’exploitation. Elles avaient construit un pressoir et s’occupaient également de la vente de leurs vins. Jusqu’au XVIIIe siècle, ce fut l’une des communautés religieuses féminines les plus importantes de l’Orléanais.

À l’entrée du bourg, la route de Blois longe une vaste propriété bordée de tous côtés de vieux murs de pierre, dans lesquels s’ouvre une élégante grille portant l’inscription : « L’Evêché, 1530 ». Ce domaine, dans un site idyllique en bordure de la Loire, qui s’appelait à l’origine le Petit-Evêché, appartenait depuis le XIIe siècle aux évêques d’Orléans qui y avaient un vignoble fournissant les vins de leur table. Ils y avaient fait construire un confortable manoir pour s’y reposer dans le calme, le silence et l’air pur, au milieu de leurs vignes. Des rois y ont alors séjourné.

Détruit pendant la guerre de Cent Ans, le manoir a été reconstruit au début du XVIe siècle avec des jardins en terrasses d’où la vue est immense, vers Orléans, la Sologne et Beaugency. Au XVIIIe siècle, les évêques se sont séparés de leur résidence de campagne, qui est alors devenue une propriété privée dont les vins vont rester célèbres jusqu’au XXe siècle.

Après les ravages du phylloxéra, le vignoble a été replanté, dès 1900, de ses nobles plants, auvernat blanc, gris-meunier et pinot noir, greffés pour résister à l’insecte dévastateur. Il est resté très recherché jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, et souvent les grands restaurateurs orléanais et les amateurs retenaient d’avance toute la récolte.

Si les dernières vignes de ce clos mémorable ont disparu dans les années 1950-1960, il en reste des témoignages étonnants : sous le domaine court un impressionnant réseau de caves creusées dans le coteau calcaire, où les vins se bonifiaient dans des conditions idéales. Ces caves donnaient sur la Loire
où les fûts étaient directement embarqués en direction d’Orléans ou de Paris par le canal.

Le Clos de l'Evêché

Étape 2. Le château de Meung-sur-Loire

Le château des évêques d’Orléans possède tout un réseau de caves profondes, composées de galeries voûtées creusées dans la roche, antérieures à la construction du château au début du XIIIe siècle. Complété du très beau cellier gothique situé dans la basse-cour, encore agrandi aux siècles suivants, cet important groupe de caves pouvait recevoir de grandes quantités de vin pour alimenter la table fastueuse des évêques, qui étaient eux-mêmes propriétaires de nombreux clos de vignes dans toute la contrée.

Le saviez-vous ? Surnommé le « château aux deux visages », il présente la particularité de posséder deux façades d’époques différentes.

Pratique ! Le château se visite tout au long de l’année.

© Pierre Holley

Étape 3. Le village du Bardon

A l’origine simple hameau vigneron autour d’une petite chapelle, Le Bardon ne sera érigé qu’au milieu du XIXe siècle en commune, enrichie par la culture de la vigne. De cette activité aujourd’hui révolue témoignent plusieurs maisons vigneronnes en moellons et pierre de taille d’extraction locale ; les puits qui les alimentaient ont été en partie conservés et, joliment fleuris, jalonnent la balade dans le village, très caractéristiques avec leur pittoresque couverture toute en pierres.

Sur la place devant l’église a été installé l’un des derniers pressoirs utilisés sur la commune : il s’agit d’un pressoir à cage en bois à claire-voie et à vis métallique verticale, de type moderne mis au point
dans la 2ème moitié du XIXe siècle, et très répandu dans le vignoble orléanais à cette époque.

© Village du Bardon

Étape 4. Le village de Messas

Depuis le XVIe siècle au moins, lors de la création de la nouvelle paroisse de Messas, la culture de la vigne était essentielle et occupait la quasi-totalité de la population, et cela jusqu’au début des années 1950.

Se promener dans ce vieux bourg, village-rue rue bordé de pittoresques maisons vigneronnes, toutes en longueur qui possèdent des caves remarquables. Se faufiler dans les venelles et sur les sentiers, découvrir les petits puits à calotte, lever les yeux vers les cheminées et les lucarnes typiques des maisons de vignerons. Au 3 rue des Vauguignons, vous verrez tout en haut de la cheminée les outils symboliques du vigneron, la serpe et le sécateur.

Quant à l’élégant manoir de la Perrière, avec ses vastes caves voûtées sous le parc, il a été le centre d’un important domaine viticole, propriété au XIXe d’un riche marchand de vin qui agrandit et embellit la demeure et lui donne l’aspect qu’elle a aujourd’hui.

Le Pressoir Bézard (dont une rue aujourd’hui porte le nom) évoque un passé vigneron encore plus ancien : il y avait là au Moyen Age un pressoir seigneurial entouré de vignes, qui appartenait au XVe siècle à Jean de Dunois, sire de Beaugency (le premier des compagnons de Jeanne d’Arc).

« Un vigneron occupé à marner sa vigne sentit la terre s’affaisser sous lui et tomba dans un puits de plus de 12m de profondeur. Ce puits était percé de galeries qui semblaient se diriger de quatre côtés différents. Effrayé par sa mésaventure, il préféra boucher ce grand trou sans pousser plus loin ses investigations. Ce réseau souterrain, ajoute Duchalais, devait correspondre à des caves, si nombreuses sur la commune. »

Une anecdote rapportée par l’historien balgentien Alphonse Duchalais dans la 1ère moitié du XIXe siècle

Étape 5. Le village de Baule

Entouré d’une constellation de hameaux où il fait bon vivre, ancienne baronnie qui dépendait de Beaugency, vieux village viticole, Baule a su préserver son identité et son environnement si
typiquement ligérien, entre la berge, le Val et le coteau.

Un peu d'histoire...

L’histoire de Baule est étroitement liée à celle de son vignoble qui couvrait le coteau, bénéficiant d’une exposition idéale face à la Loire. Ses vins de qualité ont fait sa prospérité et sa renommée pendant des siècles. Certains clos étaient très réputés, comme le Clos de l’Enfer, qui appartenait, pendant la première moitié du XXe siècle à Lucien Soreau, maire de Baule, grande figure de la viticulture orléanaise, fondateur en 1940 du Syndicat de Défense Viticole de l’Orléanais, apôtre infatigable de la rénovation des vins authentiques et de qualité en Orléanais, pendant 40 ans.

Revenu de la guerre de 14-18, il s’était consacré avec passion au vignoble familial, uniquement replanté en Gris-Meunier et Auvernat. Dans les années 1950, le général de Gaulle en visite privée était venu trinquer chez Lucien Soreau à Baule et déguster les grandes années du Clos de l’Enfer et du clos de Guignes à Tavers qui appartenait aussi à Lucien Soreau.

C’est aussi sous son impulsion qu’avait été créée en 1939 la cave coopérative de Baule, qui pouvait accueillir 8000 hectos, au coeur d’un terroir encore très viticole jusque dans les années 1960.

Malgré tous ces efforts, la vigne a reculé puis disparu, remplacée par l’arboriculture fruitière. Mais il reste de cette ancienne viticulture de très nombreuses maisons vigneronnes (dont certaines remontent au XVIe siècle), en particulier dans le hameau de Baulette, souvent rénovées avec goût et
dans le respect des vieilles pierres. De belles maisons de maîtres-vignerons et de négociants en vins, plus cossues, abritent de vastes cuviers et des caves remarquables.

Étape 6. La ville de Beaugency

Ville-marché dès son origine, étroitement liée à la navigation sur la Loire, Beaugency a été dès le XIIe siècle entourée d’un important vignoble produisant des vins de qualité qui ont été l’une de ses principales richesses jusqu’à la fin du XIXe siècle, avec les grains de Beauce et les fourrages de Sologne. La vigne était partout présente, sur les pentes bien exposées tournées vers la Loire, sur le plateau, mais aussi à l’intérieur du bourg, dans les jardins, les « courtils », en treilles. Elle faisait vivre toute une population de vignerons, de tonneliers, de marchands de vins et de bouilleurs de cru.

Cette ancienne activité viticole, aujourd’hui totalement disparue sur Beaugency (même si la
commune fait toujours partie de l’A.O.C. Orléans), a laissé de nombreuses traces dans la mémoire et le patrimoine de la ville.

Sous la place du Martroi s’étendent les vastes caves de l’ancienne « Etape aux vins », mises à jour lors de travaux en 1987. Dans la partie ouest de la place, devenue dès le début du XIVe siècle le centre marchand de Beaugency, actif lieu de d’échanges entre la ville et la campagne, se trouvait en effet l’important marché aux vins, appelé l’Etape aux vins, centre de négoce de cette production essentielle des environs de Beaugency. En-dessous étaient établies des caves monumentales servant à entreposer les centaines de tonneaux destinés à la vente.

Il faudrait aussi citer la belle cave gothique de la 1ère moitié du XIVe dans l’impasse de la Cave d’Igoire, voûtée d’ogives de deux travées (malheureusement inaccessible). Ou la cave de la Sourcière, dans la rue du même nom, qui présentait la même architecture : le propriétaire de la maison de la Sourcière possédait à Tavers plus de 50 ha de vignes, dont il vinifiait la vendange dans sa cave à Beaugency. A cette époque, entre 1450 et 1550, on comptait au moins 18 grands pressoirs dans la ville ; et tout le sous-sol de la cité médiévale était parcouru d’un dense réseau de caves reliées entre elles par des galeries, permettant de faire circuler facilement les barriques, au gré des transactions.

L’église abbatiale Notre-Dame était le siège d’une importante confrérie vigneronne de saint Vincent (y est conservé un bâton de procession de saint Vincent).

© DTMC Production

Étape 7. Le village de Tavers

Entre le Val et le plateau de Beauce, ce village de coteau, bâti sur les rives verdoyantes du Lien ( petit affluent de la Loire), fut autrefois célèbre pour ses vins. Si la vigne a quasiment disparu aujourd’hui, Tavers en a conservé de nombreux souvenirs, que découvriront les promeneurs curieux, le long des rues pittoresques bordées d’anciennes maisons de vignerons ou de marchands de vins.

De célèbres clos de vignes

De très nombreux « clos » de vignes, souvent entourés de murs, composaient, depuis le Moyen Age, le paysage de Tavers. Le plus prestigieux était le Clos de Guignes qui appartenait au XIIe siècle à Notre-Dame de Beaugency, puis au prieuré Saint-Etienne de Beaugency. Les
prieurs y avaient élevé une maison de vignes ou pavillon qui devait longtemps garder le nom de pavillon de Saint-Etienne. Entièrement planté en auvernat rouge (ou pinot noir), ce cru allait rester au cours des siècles l’un des plus réputés de l’Orléanais.

Le Clos de Guignes a été, dans les années 1950, le dernier vignoble de qualité de Tavers : il appartenait à Lucien Soreau, maire de Baule, fondateur en 1940 du Syndicat de Défense Viticole de l’Orléanais. Et son vin du Clos de Guignes jouissait d’une excellente réputation, régulièrement récompensé par des médailles d’or dans les concours nationaux et internationaux. Sur ce coteau depuis toujours occupé par la vigne, il cultivait l’auvernat en treille et le gris-meunier en vignoble traditionnel. Puis il a pris sa retraite à la fin des années 1960, les dernières vignes ont été arrachées et ce magnifique clos de 4 ha, est devenu un lotissement résidentiel. Seule une ancienne ferme vigneronne des XVe et XVIe siècles, que l’on peut toujours voir aujourd’hui, témoigne de ces grandes heures du vignoble de Tavers.

Sur le haut de tout le coteau de Guignes se succédaient de charmantes maisons de vignes ou « closeries ». En partie détruites au XIXe siècle pour être remplacées par des maisons bourgeoises cossues, elles ont été conservées aux n° 21, 23, 25, 29 de la rue de Guignes : vous les apercevrez
derrière leurs vieux murs de pierre, au milieu de délicieux jardins. Le n° 25 fut la maison de l’académicien Jules Lemaître, où séjourna avant lui un autre
personnage célèbre, le physicien Jacques Charles.

Un peu plus loin sur le coteau, le clos de Ver, qui était entièrement clos de murs, produisait aussi depuis le Moyen Age des vins réputés. Ce petit vignoble dépendait de l’antique manoir de Ver, datant des XVe et XVIe siècles, dont on peut admirer le corps de corps de logis et le pigeonnier octogonal.


Dans ce très ancien domaine viticole se trouvent la petite chapelle Saint Antoine et sa fontaine où l’on venait en pèlerinage depuis le Moyen Age. Restaurée à la fin du XXe siècle par la municipalité de Tavers, elle ouvre chaque année à l’occasion d’une messe en plein air pour l’Assomption de la Vierge Marie.

Pressoir, fermes vigneronnes et maisons de négociants en vins

La maison la plus ancienne de Tavers se situe au n°1 de la rue de la Fromagette : c’était l’ancien pressoir banal (utilisé collectivement jusqu’à la Révolution, par les paysans en échange d’un droit
qu’ils devaient verser au seigneur), doté de caves voûtées et qui a conservé le décor gothique de ses ouvertures avec ses linteaux sculptés en accolades.

Bel exemple d’architecture rurale, la ferme vigneronne que vous pouvez voir au 30 rue des Eaux- Bleues, appelée Clos des Granges, remonte au XVIIe siècle pour ses parties les plus anciennes. Elle comprenait alors un grand cellier et un pressoir. Au XIXe siècle elle fut agrandie de nouveaux bâtiments viticoles (distillerie, chai de stockage).

Au n° 28, vous remarquerez l’étonnante cheminée en brique de l’importante distillerie construite là en 1839, au temps de la pleine expansion du vignoble.

Les rues très pittoresques de ce quartier (rue des Eaux-Bleues, rue des Sœurs, rue du Grand-Clos, rue de la Haute Guignière) ont conservé leurs anciennes maisons de maîtres-vignerons et de négociants en vins, qui possèdent toutes des caves très étendues. Les maisons des plus petits vignerons s’ordonnent autour de cours communes avec un puits.

Au n° 12 de la rue des Eaux-Bleues, les beaux bâtiments de l’hôtel de charme La Tonnellerie évoquent aussi les grandes heures du vignoble taversois : issu d’une famille de vignerons installée là depuis la fin du XVIIIe siècle, Ferdinand Alexandre Villain-Tournois allait y développer, à partir de 1854, une importante affaire de négoce de vins locaux, de vinaigrerie et de tonnellerie. A la tête de
cette maison florissante, il a été l’un des principaux acteurs de la reconstitution du vignoble après la crise du phylloxéra et de la promotion des vins de Beaugency, élu successivement maire de Tavers, puis maire de Beaugency et conseiller général.

Cette dynamique entreprise viticole a fermé ses portes en 1927 ; mais ses élégants bâtiments ont été conservés et amoureusement restaurés à la fin du XXe siècle, puis par les propriétaires actuels.

@CocodeMSL

Sur la rive sud de la Loire

Itinéraire préconisé : traverser la Loire en empruntant le pont médiéval de Beaugency, en direction de Lailly-en-Val

Étape 1. Le village de Lailly-enVal

Le petit bourg de Lailly-en-Val, encore rural, est composé d’une suite de hameaux autrefois entièrement viticoles : sur toute la commune, entre le Val et le sable argileux de Sologne, s’étalait aux XVIIIe et XVIIIe siècles un important vignoble (il y avait à la tête du pont de Beaugency, côté Lailly, un quai d’embarquement pour les vins du cru). Les habitants y étaient d’ailleurs depuis toujours surnommés les « lisots » (du nom traditionnellement donné à l’outil emblématique du vigneron orléanais, la serpe). Après les destructions du phylloxéra, quelques propriétaires ont essayé de remplacer les auvernats historiques par un cépage solognot, le romorantin, qui s’est révèlé malheureusement trop fragile. Une partie du vignoble est reconstituée avec des cépages américains de peu de qualité, puis, peu à peu toutes les vignes sont arrachées.

La ferme de Flux comporte plusieurs bâtiments, dont une grange seigneuriale attestée dans les textes du XIVe siècle, qui possède une magnifique charpente intacte, datée des années 1320-1325, et considérée par les spécialistes comme la plus ancienne de ce type.

Les paysans devaient s’y rendre pour y payer leurs redevances et y déposer la partie des produits de leurs vendanges qui revenait au seigneur du lieu. Cette grange dépendait du manoir de Flux démoli vers 1850, qui possédait aussi un colombier également disparu. Ce manoir ou « Hébergement de Flux » a été la retraite, au XVIIIe siècle, de l’illustre philosophe et homme de lettres des Lumières Bonnot de Condillac, qui en 1773 acheta le domaine de Flux, alors situé au milieu des vignes, pour s’y livrer dans le calme et la solitude à ses réflexions métaphysiques et à l’écriture de ses traités philosophiques. Et c’est là qu’il mourut en 1780, demandant à être inhumé comme un simple vigneron dans le cimetière de Lailly, et léguant à la ville de Beaugency sa bibliothèque ainsi qu’un précieux manuscrit que lui avait confié Jean-Jacques Rousseau (qui se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale).

Étape 2. Le village de Cléry-Saint-André

Aujourd’hui épicentre de l’appellation Orléans-Cléry, Cléry-Saint-André a toujours été une ville d’accueil et de bons vins : étape importante sur le chemin de Compostelle, traversée par une foule de pèlerins qui y faisaient halte pour prier la Vierge de Cléry, elle a conservé, le long de la route de Blois, de nombreuses maisons anciennes qui étaient autrefois des hôtelleries et des auberges de renom, dont certaines ont retrouvé leurs pittoresques enseignes : La Belle Autruche, les Trois Rois, La Fleur de Lys… Pour désaltérer tous ces voyageurs, les vins de Cléry et des environs emplissaient pintes et chopines

Très attaché à Notre-Dame de Cléry à laquelle il portait une profonde dévotion, Louis XI a beaucoup œuvré à la restauration du sanctuaire détruit pendant la guerre de Cent Ans, surveillant les travaux de reconstruction et d’embellissement de la basilique, comblant les chanoines de privilèges et de dotations.

Il se rendait souvent à Cléry, où il s’est fait construire une résidence, tout à côté de la basilique, appelée depuis « la maison de Louis XI », dont il fait planter le jardin d’arbres fruitiers et de vignes conduites en treilles tout le long des murs, comme il l’indique expressément dans une lettre à son fidèle Jean du Plessis. Il demande aussi à Jean du Plessis de faire diligence pour soit construite sans tarder « une petite étable pour ses mules ».

Autrefois paroisse indépendante, Saint-André-lez-Cléry a toujours abrité une importante communauté de vignerons. Réuni par la suite à la commune de Cléry, le village a conservé son habitat
vigneron et ses ruelles très pittoresques, que vous pourrez découvrir en allant à la rencontre de la vigneronne Valérie Deneufbourg qui y habite.

C’est un vieux cépage local originaire de l’Orléanais, qui était aussi très cultivé dans l’Yonne avant le phylloxera. Les baies en petites grappes très compactes sont noir bleuté et son feuillage rougit
entièrement à l’automne. Il donne des vins très colorés, vifs et acides s’il n’atteint pas une maturité parfaite.

Dans le grand vignoble orléanais, on le trouvait presque exclusivement sur la rive gauche entre Olivet, Saint-Mesmin, Cléry-Saint-André et Lailly-en-Val. C’était même une spécialité, restée longtemps bien identifiée dans le commerce sous le nom de « gascon de Cléry ». Maurice Leprince et Raoul Lecoq en 1918 dans Le
Vignoble orléanais constataient que « Tous les vins de la région de Cléry proviennent en majorité de
plant Gascon , qui est en faveur dans cette contrée. » Alors qu’il avait disparu, ce cépage historique a été replanté par un vigneron de Cléry, hors appellation bien étendu.

À ne pas manquer ! La Foire aux Pommes qui se fête joyeusement chaque 3ème week-end d’octobre à Cléry-Saint-André, où les vignerons font aussi déguster leurs vins.

Étape 3. Le village de Mézières-lez-Cléry

Mézières-lez-Cléry est toujours resté, malgré les crises et le recul du vignoble, un bourg viticole, qui a gardé aujourd’hui encore tout son charme de petite commune rurale, à l’écart des axes de circulation, où l’arboriculture fruitière (pommes, poires, cerises) côtoie les champs de vignes.

Le protecteur du vignoble est ici saint Avit, un ermite du XVIe siècle qui s’était retiré dans les parages pour vivre en solitaire. Mais les religieux de Micy vinrent le chercher pour l’élire abbé de leur monastère. Une belle statue en bois polychrome du XVIIe siècle le représente dans l’église, qui fut bâtie sur son oratoire. Ce bon ermite a donné son nom au domaine ancestral de la famille Javoy.

Étape 4. Le village de Mareau-aux-Prés

Mareau-aux-Prés est resté une commune essentiellement agricole, fière de ses productions emblématiques, le vin, les fruits (cerises, pommes, pêches), les légumes et particulièrement les asperges. Attestée dès le haut Moyen Age, la viticulture y est toujours très présente, et le territoire de la commune se trouve au cœur de l’appellation Orléans.

Cette longue histoire viticole, quasi ininterrompue, a marqué le paysage et l’architecture rurale : vous remarquerez, au cœur du bourg, de grandes maisons vigneronnes, reconnaissables à leurs hauts porches en plein cintre ou en anse de panier

Fondée en 1931, comme on peut toujours le voir écrit sur son fronton, la cave coopérative de Mareau-aux-Prés a été la première cave coopérative viticole du département du Loiret, créée sur le modèle de la Laiterie coopérative du Val de Loire ouverte en 1925. La première vendange y est vinifiée dès 1931, mais la coopérative n’est officiellement inaugurée qu’en juin 1939, sous la présidence du sénateur (Pithiviers) Marcel Donon, président de Commission sénatoriale de l’agriculture. Le nombre des sociétaires va rapidement augmenter (220 en 1957). La coopérative est l’un des toutes premières à acheter des machines à vendanger. En 1985, elle est rebaptisée « Les Vignerons de la Grand-Maison » rappelant le lieu cadastral de l’emplacement de la cave. Elle a fermé
ses portes en 2016.

À ne pas manquer ! Fidèle à sa vocation viticole, arboricole et maraîchère, Mareau-aux-Prés fête joyeusement la Saint-Fiacre (patron des jardiniers) le 1er week-end de septembre, les Vendanges le 1er week-end d’octobre et les Plantes le 4e week-end d’octobre.